lundi 22 décembre 2014

Le terrorisme dérivant de l’extrémisme religieux reste une priorité d'après Europol (TE-SAT 2014)


Europol a publié un rapport faisant état de la menace terroriste en Europe. D'après ce rapport, dénommé TE-SAT 2014, le terrorisme dérivant de l’extrémisme religieux reste une priorité. La menace terroriste en Europe reste présente et multiple, avec une forte tendance à ayant trait à des individus agissant seuls, sympathisants de groupes extrémistes, et à de petits groupes basés en Europe (pour le rapport de l'année précédente, lire sur securiteinterieure.fr: La menace terroriste s'aggrave en Europe selon un rapport d'Europol (TE-SAT 2013)).

Ce rapport de 2014 met en évidence plusieurs phénomènes :
  • une diversification des moyens de financements des groupes terroristes : cela va de la vente de disques pour certains groupes d’extrême droite à l’utilisation du paravent humanitaire ou associatif pour certains djihadistes.
  • l’utilisation croissante des réseaux sociaux par les terroristes dans un contexte de « nouvelle guerre d’Espagne » en Syrie n’est pas sans poser problème pour ces derniers. Il leur est en effet plus difficile de contrôler les dires de leurs nouvelles recrues, et de ne pas exposer les rivalités entre factions en leurs seins.

Le rapport se penche enfin sur les condamnations judiciaires liées au terrorisme en Europe. 150 jugements relatifs à des affaires de terrorisme ont été rendus dans quinze États membres (chiffre stable depuis 2012) et ont concerné 313 individus (dont 42 femmes) et 3 entités légales. 
Ces procès ont débouché sur des acquittements dans 23% des cas (chiffre en baisse). Les peines prononcées l'ont été pour une durée moyenne de 10 ans.


 Les principaux chiffres pour 2013 :
  • 7 personnes sont mortes à la suite d’actes terroristes dans l’Union Européenne (contre 17 en 2012) ;
  • 152 attaques terroristes menées dans les Etats membres de l’UE (contre 219 en 2012), 63 en France, 35 au Royaume-Uni et 33 en Espagne ;
  • 535 personnes arrêtées dans l’UE pour des infractions liées au terrorisme (contre 537 en 2012);
  • 313 personnes impliquées dans des procédures judiciaires (contre 400 en 2012) ;
  • 70% des attaques visaient le secteur des affaires et les propriétés privée.

Aperçu général 

Le terrorisme dérivant de l’extrémisme religieux reste une priorité. Les techniques employées continuent d’évoluer, et de nombreux groupes extrémistes, à commencer par Al-Qaeda, bénéficient de plus en plus de soutien au sein de l’Europe, incitant les sympathisants à des attaques individuelles, plus difficiles à prévoir et contrer. 

Le déplacement de citoyens européen vers des zones de conflit, en particulier la Syrie, pose des questions quant à leur engagement dans des groupes terroristes, pour agir ensuite individuellement en Europe. 
La surveillance des frontières, des flux et des réseaux sociaux est essentielle afin d’établir un profilage de potentiels « jihadistes européens », mais elle pose la question de la protection de la liberté et de la vie privée.

L’instabilité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et les opportunités offertes par les réseaux sociaux sont des menaces majeures. 
Parallèlement, l’UE reste une zone de financement, de refuge et de blanchiment d’argent majeure pour les groupes terroristes, tandis que la coopération de groupes terroristes et criminalité organisée apparaît comme seulement occasionnelle. 

Les techniques et sources de financement des groupes terroristes ont connu une forte évolution, avec une multiplication de méthodes plus ou moins légales, les rendant difficiles à tracer.
Les enlèvements contre rançon font partie du modus operandi classiques d’organisations telle qu’AQMI, mais il s’agit d’une des techniques les plus visibles, de nombreuses autres méthodes sont employées, et plus difficiles à tracer et relier directement.

Ainsi, la fraude à la carte de crédit, les vols, et la revente de biens volés ou de contrebande ont par exemple été utilisés pour le financement d’une organisation algérienne associée à Al-Qaeda.
Des techniques plus innovantes ont été utilisées pour le financement du PKK, utilisant la fraude au compteur électrique au delà de techniques plus traditionnelles comme les contributions d’adhérents, la vente de publications ou les revenus d’évènements. Les ONG et les organismes caritatifs factices figurent encore parmi les couvertures de financement du terrorisme, utilisés par exemple par le Hamas.
Les groupes extrémistes d’extrême droite trouvent en revanche la majorité de leur financement dans des activités légales telles que les ventes de publications ou des revenus évènementiels.
Les flux financiers  hawala, cartes de crédit prépayées, et mules sont parmi les méthodes de transfert d’argent les plus fréquentes.
La communication est au centre des préoccupations des groupes terroristes, pour qui la visibilité est essentielle, tant pour le recrutement que pour le financement et la diffusion de messages à l’intention du public visé par les actions de l’organisation. 
Les réseaux sociaux, et plus généralement le cyberespace, est en ce sens une priorité dans la lutte antiterroriste.

Terrorisme lié à l'extrémisme religieux

Aucun Etat membre n’a rapporté d’attaques terroristes classées comme liées à l’extrémisme religieux en 2013, bien que dans deux attaques au moins, le rôle de la radicalisation religieuse soit apparent : l’attaque d’un soldat britannique à Londres et celle d’un soldat français en mai 2013. 
Dans les deux cas, l’attaque a été perpétrée par des individus auto-radicalisés et auto-organisés, comme citoyens européens.

Cette catégorie de terrorisme reste par ailleurs parmi les priorités de l’UE en la matière, et la menace posée par les individus auto-radicalisés, auto-organisés et auto-financés agissant seuls ou en très petits groupes, rarement connectés à des groupes basés en-dehors de l’UE semble grandir. 
Entre 2009 et 2013, le nombre d’arrestations pour terrorisme lié à l’extrémisme religieux a presque doublé.

La propagande de groupes terroristes à l’idéologie liée à l’extrémisme religieux se base sur deux axes principaux : l’incitation au « jihad individuel » en Europe et autres pays tiers, et l’appel à venir lutter en dehors de l’UE.
L’instabilité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et les déplacements d’européens vers des zones de conflit impliquant des groupes extrémistes religieux sont parmi les facteurs les plus inquiétants, et demandent une surveillance accrue.

Terrorisme ethno-nationaliste/séparatiste

Si le terrorisme lié aux revendications ethno-nationalistes et séparatistes est responsable de la majorité des attaques en Europe en 2013, le nombre est en chute nette depuis 2012, et les attaques d’envergure moindre. 
Les groupes Républicains Dissidents (« New IRA », ONH et CIRA) posent un risque majeur, avec une complexification des activités et une multiplication des techniques, et une présence régionale, notamment au Royaume Uni, tant pour l’obtention et dissimulation de ressources que pour de potentielles actions.

Au Pays Basque, l’ETA dispose toujours de réserves d’armes et d’une organisation solide, malgré le respect du cessez-le-feu critiqué par certains sympathisants. 
Le nombre d’attaques attribué à Resistencia Galega a chuté en 2013, et reste focalisé sur des dégâts matériaux plus que humains.
En France, le FLNC montre toujours une capacité et intention de nuire, comme en témoigne l’attaque coordonnée de deux commissariats le 5 décembre 2013. En Bretagne, l’ARB est responsable de deux attentas en 2013.
Le PKK Kurde, enfin, n’a perpétré aucune attaque sur le sol européen, où ses activités principales relèvent de la levée de fonds.

Terrorisme d'extrême-gauche

Le nombre d’attaques lié à des revendications politiques d’extrême gauche a chuté en 2013 par rapport à l’année précédente, restant toutefois ancré en Grèce, Espagne et Italie. 
La tendance majeure est à l’évolution et complexification des techniques employées, mais si les groupes grecs tendent à une organisation de plus en plus efficace et à des opérations coordonnées à grande échelle. Les groupes anarchistes italiens (notamment FAI) manquent d’une coordination à grande échelle. En Espagne enfin, malgré un nombre d’attentats en baisse, le nombre d’arrestations a augmenté et les techniques employées ont évolué. Les institutions visées restent souvent les institutions religieuses.
L’internationalisation des groupes d’extrême gauche et anarchistes est enfin à noter, comme le montre le cas du DHKP/C turc avec des réseaux en Europe.

Terrorisme d'extrême-droite

Si aucune attaque n’a été officiellement classée comme reliée au terrorisme d’extrême droite en Europe en 2013, cette forme d'extrémisme demeure une préoccupation pour les Etats européens. Ainsi, quatre attentats et un homicide reliés à l’idéologie d’extrême droite ont eu lieu au Royaume-Uni et en Grèce respectivement, 3 arrestations ont eu lieu en France, 20 en Grèce, et 5 en République Tchèque ; tandis qu’en Allemagne a débuté le procès pour activités terroristes contre le NSU et des enquêtes ont été ouvertes concernant quatre individus suspectés de terrorisme d’extrême droite.
Le discours des groupes d’extrême-droite reste centré sur la xénophobie, et les minorités sont souvent la cible des attaques.  Les confrontations entre groupes d’extrême droite et d’extrême gauche restent par ailleurs fréquentes.

La communication et le financement de tels groupes passe essentiellement par les revenus gérés par des évènements, musicaux notamment, et de la vente de Cds, ainsi que par la vente de publications ou contributions volontaires. 
Internet et les réseaux sociaux jouent enfin un rôle essentiel dans la communication des groupes, souvent via des réseaux sociaux alternatifs (notamment VK, la version russe de facebook) suite à la suppression de nombreux comptes par Facebook, Twitter ou Youtube.

Terrorisme lié à une cause particulière

Si aucune attaque terroriste classée comme liée à ce type de terrorisme n’a eu lieu en 2013, 3 arrestations se sont produites dans deux Etats membres, et l’extrémisme –sinon terrorisme- lié à une cause particulière reste une préoccupation.
Ainsi, en 2013, malgré une réduction des incidents liés à l’extrémisme de défense des droits des animaux, de nombreux incidents liés à l’extrémisme environnemental sont à noter.
Parmi les causes le plus souvent revendiquées figurent la protection de l’environnement et les droits des animaux. 
Il est intéressant d'observer que nombre de ces revendications sont reprises par certains groupes anarchistes et d’extrême gauche.
Si les cibles principales restent les infrastructures et laboratoires médicaux (pour l’extrémisme lié aux droits des animaux) et autres infrastructures et propriétés d’entreprise (pour l’extrémisme environnemental), les attaques ne causent que des dégâts matériels et non humains, et le modus operandi le plus répandu des groupes liés à une cause particulière reste dans le cadre de la loi, occupations, manifestations et autres sit-ins étant plus fréquents que des attaques violentes, classées comme terroriste ou non. Ce type particulier de terrorisme représente ainsi une menace moindre.


Résumé du rapport TE-SAT 2014 fait sous la supervision de securiteinterieure.fr par les étudiants du Master Sécurité, Intelligence et Gestion des risques (SIGR) de Sciences Po Lille dans le cadre du cours "Sécurité intérieure et menaces transnationales".


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